Discours de Dominique PERBEN prononcé pour la remise du prix littéraire du Rotary à Deauville. Le 20 novembre 2015

vendredi 20 novembre 2015

 

Monsieur le Gouverneur

Monsieur le Président Augier, maire de Deauville

Monsieur le Président Joël Patrice

 

 

Madame, Messieurs,

 

Je suis très heureux d’avoir ainsi l’occasion de proclamer dans un instant le lauréat du prix littéraire 2015 des Rotary Clubs de langue française.

 

C’est pour moi l’occasion de souligner l’ampleur et la qualité des actions des Clubs Rotary. Depuis maintenant un siècle, dans l’esprit de votre devise « servir d’abord », vous mettez vos compétences et votre expérience au service de la paix et des actions humanitaires. Vous mettez en pratique un principe d’exigence : rendre aux autres ce que l’on a eu la chance de recevoir. Le savoir, la culture, la réussite professionnelle n’ont de sens que s’ils servent les autres, que s’ils apportent à l’humanité. C’est le contraire de l’égoïsme, c’est le contraire du repli sur soi, c’est la volonté de partager. Vos valeurs partagées sont le respect des autres, la tolérance, l’engagement dans la cité. Votre champ d’action, c’est le monde dans sa diversité. Les Rotary, présents dans deux cents pays, développent des actions de paix, de défense de la santé, de préservation de l’eau, d’éducation des plus démunis, de lutte contre la faim.

 

Vous êtes convaincus de l’importance de la culture, comme valeur de paix, d’épanouissement des personnes et de développement économique.

 

Dans cet esprit d’ouverture, vous avez mis en place, il y a quelques années un prix littéraire des Rotary de langue français. Le français, notre langue, élément fondamental de notre patrimoine national. Cette langue française autour de laquelle et grâce à laquelle s’est construite notre identité française.

Langue française que nous partageons aussi avec d’autres. Le français qui est une manière de penser, de réfléchir, de ressentir. J’allais dire une manière d’aimer.

 

Ce prix littéraire, il n’est pas replié sur l’hexagone, il est ouvert à tous ceux qui aiment notre langue et avec qui nous sommes heureux de la partager.

 

Pour un prix littéraire, pour désigner un lauréat, il faut un jury. Je veux en quelques mots vous dire mon admiration pour votre jury littéraire. Ces quelques amis m’ont surpris par leur enthousiasme, par le temps passé à lire, à s’échanger des titres, à discuter avec passion, je dis bien avec passion pour dégager progressivement le lauréat.

 

Ayant été désigné, pour des raisons qui m’échappent, président de ce jury, je veux témoigner de la difficulté de la tâche, mais du sérieux du travail effectué. L’affrontement des points de vue n’a, pour autant, jamais entamé la convivialité de nos réunions. C’est très difficile de choisir. Il y a le sujet du livre, la manière de le traiter, la façon d’écrire, le style, la cohérence avec les idéaux du Rotary. Tout cela est complexe.

 

Nous avons choisi une très belle histoire, sans doute une histoire vraie. Peut-être le saurons-nous tout à l’heure. L’auteur nous dit qu’il ne s’agit pas de nostalgie. Je cite : « Je suis née à Alexandrie, de l’autre côté de la Méditerranée. Je n’écris pas aujourd’hui pour exprimer une quelconque nostalgie. Les lieux sont pour moi les seuls déclencheurs d’une tempête violente, mais la nostalgie n’est pas un sentiment que j’aime cultiver ».

 

Je dois avouer que pour moi, la lecture du livre, a été porteur de nostalgie.

 

Nostalgie d’une fascination réciproque et positive entre Orient et Occident.

 

Nostalgie d’un monde très ouvert, mais pas seulement par une économie mondialisée, mais plutôt par un entrecroisement de cultures et de modes de vie. Une mère de l’héroïne au passeport anglais, un père italien, une pratique quotidienne de la langue française. D’abord, le récit des premières années, je cite « de bonheurs incongrus ».

 

Un livre nourri de souvenirs de lectures fondatrices, Homère, Lawrence d’Arabie, la Chartreuse de Parme, Shakespeare, les poètes grecs d’Alexandrie, Cavafis, poète de la ville en déclin.

 

L’évocation d’un voyage que j’ai eu la chance de faire aussi il y a une quinzaine d’années et qui prend aujourd’hui une signification particulièrement douloureuse : Damas et Palmyre. Je me souviens, moi aussi de ce carrefour, en plein désert, à mi-chemin entre Damas et Palmyre, avec une pancarte « Bagdad 400 km ». Lorsque je m’y suis trouvé, avec mon épouse, il y avait un petit café en planche à l’intersection des deux routes avec un nom pour le café, plein d’humour « Bagdad Café ». On était bien loin de notre sinistre actualité.

 

Le livre lauréat, c’est aussi le récit, par petites touches, d’une réussite personnelle et professionnelle. On pourrait presque la ressentir comme facile, à la lecture du livre. On la devine plutôt comme d’abord une victoire douloureuse de l’héroïne sur elle-même.

 

Le livre, c’est aussi une réflexion sur l’amour, le sien, celui de ses parents. Je cite une seule phrase : « Je le savais déjà : l’amour peut traverser des vies comme une rivière souterraine ; les irriguer sans apparaître au jour. Mais, vers la fin, c’est compliqué ».

 

Des moments très forts comme la mort de la mère ou le cadeau laissé par le père décédé : la photo de ses parents heureux ensemble.

 

L’amour des lieux chargés de souvenirs, Alexandrie d’abord bien sûr. Ville fascinante que tous ceux qui ont dû la quitter, n’ont jamais oubliée. J’ai en tête un ami grec, né à Alexandrie qui n’a jamais réussi, quarante ans après, à se reconstruire.

 

C’est aussi Paris ou encore l’Italie.

 

Vous le comprenez, il s’agit d’un très beau livre, un livre dans lequel on rentre progressivement avec bonheur. Il dit aussi beaucoup d’autres choses que je n’ai pas évoquées. Il dit la difficulté de vivre lorsqu’on se pose beaucoup de questions, y compris sur son histoire familiale. Mais il dit aussi que l’on peut gagner la bataille de sa propre vie. Il dit que l’on peut triompher de sa vie.

 

Ce livre c’est la « Triomphante » de Madame Teresa Cremisi que je suis heureux, très heureux de féliciter.

 

Dominique PERBEN

Président de Jury.

 

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